J'ai trempé mes pieds dans l'eau, puis mes mollets, puis ma taille, jusqu'à être complètement submergée, disparaissant quelques instants. J'ai réapparu avec des cheveux plus foncés et mouillés, une autre version de moi-même.
Le fauteuil m'attend, le livre prêt. La brise le feuillette pour moi. Elle sélectionne les pages, plie les coins du papier comme des flèches : « Lis ici ! » J'obéis à chaque geste de la poésie qui se révèle à travers la nature.
À 17 h, sans faute, je suis assise sur le rocher. J'accomplis le même rituel depuis des années. Il sait que j'arrive. Il me sourit à mon arrivée, m'accueillant de ses bras adoucis par le clapotis constant des vagues. J'y passe des heures de vacances. J'avoue mes pensées, je révèle des secrets, je détache mes cheveux. Je les laisse danser au rythme du vent et du bruit de la mer. Mes boucles se réjouissent de cette liberté. Elles célèbrent le répit de la brosse et du lisseur. Je m'allonge dans le pli qui s'est formé pour m'accueillir ; je m'y intègre confortablement. Je lève les yeux vers le ciel et, tel un enfant, je joue à trouver des motifs dans les nuages. Nous rions, moi et le rocher, qui est tout sauf dur ; il est sensible, comme moi.
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Je reviens le long de la plage. La mer efface mes empreintes, détruit les traces, dissout les sentiers. Quelques secondes plus tard, c'est comme si je n'y étais jamais allé. La nature respecte ma discrétion. Elle comprend mes réticences.
« On est vendredi aujourd'hui ? » je demande. « Non, c'est dimanche », répondent-ils. « On est mardi aujourd'hui ? » j'insiste. « Non, c'est jeudi », répondent-ils. À vrai dire, je hausse les épaules en voyant ces dates ; je ne découvrirai officiellement le calendrier qu'à la fin de cette période de tranquillité.
Pendant ce temps, ailleurs, je roule et tombe sur un mur peint d'ailes colorées. Je m'arrête aussitôt. Je contemple. Je remarque les détails, touche les couleurs, trace le motif du bout des doigts. Finalement, je m'abandonne : je m'insère dans l'espace entre eux. Je fixe le vide. Absorbé. C'est précisément là que j'ai écrit cette chronique et que je me suis laissé photographier.
J'ai donné des ailes aux mots pour que, de moi, naisse une histoire à raconter.





